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IV. Instruction publique

État de l’enseignement dans la commune depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours

L’impression ressentie en voyant divers documents souvent sans suite et sans rapport entre eux, mais qui néanmoins donnent quelques indices au sujet de l’instruction, est que la population de Guernes a toujours attaché beaucoup d’importance à l’instruction de ses enfants.

Aujourd’hui encore, et peut-être plus que jamais, l’intérêt avec lequel les parents suivent les études de leurs enfants indique cet état d’esprit. Il y aurait bien des critiques à faire sur la façon dont se manifeste cet intérêt, mais néanmoins personne n’est indifférent pour l’instruction.
Cela est vrai actuellement et l’a été dans des temps déjà reculés. À l’époque où le curé avait la toute puissance, où pour lui l’instituteur était quantité négligeable, où dans bien des communes il n’avait aucune considération, la population de Guernes soutint énergiquement le « maître d’école » contre le curé, et cela malgré l’idée religieuse qui faisait alors du prêtre un être à part et presque infaillible (voir ci-après Gobert, Bénard).

La maison d’école se ressentit un peu de cet esprit de la population. Alors qu’en bien des endroits l’école se faisait dans une sorte de taudis, grange mal close, à peine couverte, sur l’aire, la maison d’école de Guernes a toujours été un lieu très habitable.
Vers 1750 ou 1770, le presbytère avait été affecté à l’école, le curé préférant un autre logement. La classe se faisait dans une pièce doublée par la suppression d’une cloison. Elle était bien éclairée. Le maître avait une table carrée et une chaise ; les élèves, assis sur des bancs autour de la pièce, avaient sur les genoux une planchette où ils posaient une main de papier. Le maître réglait une page, faisait un modèle que l’élève imitait. La férule était en honneur : elle était lancée dans la direction du bavard qui la rapportait, un certain nombre de coups sur les doigts payaient la commission (l’expression « savoir sur les ongles » vient probablement de cette coutume alors presque générale).
En 1792, les grands élèves eurent des tables pour écrire ; les plus jeunes, qui ne font que lire, continuent à se servir de bancs.
On trouve sur le registre mentionné déjà la déclaration ci-après du nouveau Maire Gobert, à qui l’ancien fait la remise des objets communaux : « Le même jour que ci-dessus (30 prairial an VIII), j’ai reçu du citoyen Michel Fouet agent et Philippe Prévost adjoint, les registres et papiers relatifs aux affaires de notre administration, plus quatre tables à écrire servant à la classe des enfants, plus deux petites tables à écrire servant à la chambre commune et à la classe (c’est probablement le bureau du maître) de l’école, idem huit chaises servant à l’administration de notre commune, plus neuf bancs servant à l’instruction des enfants. Fait double et délivré au citoyen Michel Fouet sortant de fonctions, fait à Guernes… ».

Plus tard, en 1825, l’instituteur permute avec le curé (le presbytère avait été réparé et se trouvait sur l’emplacement actuel, plus à proximité de l’église). L’école se fit donc dans la maison Lesigne, aujourd’hui annexe d’un débit de vin. Comme matériel, des tables carrées pour les enfants qui apportaient du papier blanc et de l’encre. Ils n’avaient que deux livres : « La Croix de Dieu » et un autre pour les élèves lisant couramment, « L’ancien Testament ».

Des tableaux muraux de lecture furent introduits dans l’école en 1830 ou 1832. Les tableaux noirs y étaient inconnus avant 1840. Les tables, encore en usage aujourd’hui, furent faites par un menuisier de Guernes en 1842.
On enseignait alors à l’école, outre la lecture et l’écriture avec le calcul, comme autrefois, l’histoire et la géographie ; les cahiers étaient employés ; le maître procurait les fournitures scolaires aux élèves ; la classe se faisait de façon plus régulière.

Une école neuve, l’école actuelle, fut bâtie en 1867-69 sur l’emplacement de l’ancien cimetière. Elle est indépendante de la mairie. En 1882, la salle de classe fut agrandie et une cloison placée au milieu la partagea en deux salles, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles.

Comment les maîtres étaient recrutés, rétribués, ce qu’ils enseignaient et les connaissances qu’on exigeait d’eux, leurs fonctions diverses, etc.

Le registre des déclarations porte (folio 1er) : « L’an deuxième de la République française une et indivisible.
Nous, Maire, agent national, officier et conseil général de la commune de Guernes, comité de surveillance de notre dite commune, etc.
Étant assemblé au temple de la Raison, s’est présenté le citoyen Noël Charles François Ozanne, demeurant à Mantes. Et nous ayant fait la soumission pour être instituteur des deux sexes dans notre commune, de leur apprendre à lire, écrire et l’arithmétique, conformément au décret de la convention nationale, lequel a été accepté par ladite commune et avons signé le trente germinal en 2e républicaine… signé : Gobert, Maire, P.H. Demantes (ancien maître d’école) et une vingtaine de signatures, plus une + (marque de Jules Fabre). Désigné sous le nom de Ozanne Hozanne, cet instituteur signe : Ozenne. »

Au folio 81, « acte de délibération fait l’installation d’un instituteur pour instruire les enfants de cette commune.
Nous agent et adjoint municipal de cette commune ayant requis le citoyen Homo, domicilié en cette commune, avec la plus grande partie des habitants de cette commune à l’effet de faire instruire les enfants de ledit lieu. Le citoyen Homo nous ayant demandé la location franche et nous ayant déclaré qu’il ne demandait aucun fices (?) ni gages, tout ce que le citoyen Homo demande que tout père et mère qui enverront leurs enfants de lui envoyer ce qu’il leur sera possible et à leur pouvoir afin qu’il puisse vivre en remplissant son devoir autant qu’il lui sera possible ; à cet effet le citoyen Homo a accepté ladite délibération et a signé avec nous et il prie les pères et mères de lui envoyer leurs enfants depuis huit heures du matin jusqu’à onze et depuis une heure jusqu’à quatre de relevée. Le citoyen voulant se conformer au loi précédente et il s’oblige de faire les écoles journellement outre les jours de décady (?) afin de ne point s’écarter des lois ; lui ayant remis entre les mains ce qui est utile à l’instruction des enfants, fait et arrêté le onze floréal an sept de la République française une et indivisible. Et avons signé ». Suivent les signatures de Prévost, agent, Homo et vingt-quatre autres.

Le même Homo est élu secrétaire greffier « Le même jour et an ci-dessus (30 prairial an VIII) moi dit Gobert, nomme pour mon secrétaire greffier Jean-Marie Noël Homo pour en remplir les charges et contenus ».

Plus tard Homo demande un boisseau de grains par enfant :
« Aujourd’hui le cinq vendémiaire, l’an onze de la République française, nous Maire et adjoint et membre du conseil municipal de la commune de Guernes étant assemblés ce présent jour en la chambre commune pour déplacer un maître d’école, le citoyen Homo présent a déclaré en ce jour que ses intentions étaient de tenir les écoles sédentairement afin que les enfants soient instruit,s mais aussi dans l’instant le citoyen Homo nous a dit et déclaré qu’il voulait que les pères et mères s’obligent solidairement à lui donner par chaque enfant un boisseau de grains pour le cours de l’année précédente afin qu’il puisse vivre pendant le cours de cette année.
Nous, Maire, adjoint et membre du conseil municipal présent à ladite demande du citoyen Homo, avons trouvé que la représentation de l’objet spécifié ci-dessus comme juste et d’obligation de père et mère qui ont des enfants de faire leurs efforts, pour que lesdites écoles tiennent sédentairement pendant le cours de l’année de remettre au citoyen Homo ledit boisseau de grains et après toute lecture faite… etc. ».

Le situation de l’instituteur ne tarde pas à s’améliorer à Guernes, d’une façon sensible, ainsi que le montre la délibération suivante extraite du même registre :
« Le vingt-cinq thermidor, l’an onze de la République… vu l’urgence d’un maître d’école pour l’instruction des enfants, ayant eu connaissance que le citoyen Mellant Ravoissy, instituteur et maître d’école de Boury, département de l’Oise était dans l’intention de quitter sa commune pour se rendre dans la notre plus avantageuse ; l’ayant examiné, l’ayant trouvé rempli de talent et de science pour remplir la fonction d’instituteur en notre commune.
En conséquence lui avons accordé pour six annuelles la somme de trois cents francs sans comprendre les mois des écoles des enfants et quasuelle (?) tels que baptême, mariage et décès qu’il pourra se faire payer, laquelle et dite somme de trois cents francs sera répartie par chaque ménage à raison des facultés de chaque habitant pour percevoir ladite somme au cœilloir (?) qu’il sera rendu exécutoire par le sous-préfet de notre arrondissement, laquelle répartition sera faite par le Maire et autres habitants lequel dit Philippe Chanu se chargera de percevoir ledit rôle bon au dit instituteur, lequel instituteur entrera en fonction le huit vendémiaire prochain. Il sera accordé au dit maître d’école par chaque mois d’enfant à savoir la somme de cinquante centimes pour ceux qui commencent à l’alphabet et soixante et quinze centimes pour ceux qui commencent à écrire, et ainsi de suite. Ledit instituteur promet et s’oblige de commencer les écoles depuis huit heures du matin jusqu’à onze heures et de recommencer à une heure jusqu’à quatre ; il lui est accordé par chaque semaine un jour de congé qui sera le jeudi de ladite et présente semaine.
Fait et arrêté d’après lecture faite aux habitants de cette susdite commune, lequel a accepté ledit citoyen Ravoissy instituteur le présent acte de délibération fait… etc. »

Cette situation de l’instituteur peut être considérée comme excellente pour l’époque et devient moins bonne par la suite. Ravoissy quitta le commune en 1809, soit après les « six annuelles », votées par la précédente délibération, ce qui laisse supposer que son traitement n’a pas été maintenu. La rétribution scolaire aussi fut diminuée.
Un vieillard, M. Legendre Denis, jouissant de toutes ses facultés, se souvient de l’instituteur Leclerc (1815-1817), a fréquenté l’école de Ménard (1817-1828) qui dans un acte de mariage se déclare ami de l’épouse (1822). À cette époque, dit M. Legendre, on payait 0,25 F par élève débutant et encore on ne payait pas régulièrement à en juger par le nommé Michel Boiste qui devait à l’instituteur plus de 18 F, ce qui représente quatre à six années de mois d’école. On se libérait avec du bois, du vin, du boudin, des saucisses, etc. Jamais cependant à Guernes l’instituteur n’a été obligé d’aller à domicile chercher un morceau de pain, une mesure de blé, etc., comme cela s’est fait dans beaucoup d’endroits et par exemple à Sandrancourt (à trois km).

À partir de la loi de 1833, on trouve souvent trace sur le registre de délibérations du taux de la rétribution scolaire fixé à 1,50 F par élève de six ans et au-dessus, et à 1 F pour les élèves de moins de six ans.

Le successeur de Ménard, Alexandre Legrand, fut nommé à Guernes en 1828, à l’âge de dix-huit ans. Quelques années plus tard il s’y marie et fut reconnu au bout de dix ans (loi de 1833).
« L’an mil huit cent trente huit, le trente septembre, à midi, Nous, N. David, docteur en médecine, membre et délégué du comité supérieur du canton de Limay, afin de procéder à l’installation et à la prestation du serment du sieur Alexandre Legrand, instituteur primaire à Guernes, suivant l’art. 22 de la loi du 28 juin 1833 sur l’instruction primaire. Nous étant rendu à la maison d’école où étaient réunis M. le Maire, les membres du conseil municipal et les membres du comité local. La séance ayant été ouverte, ledit Legrand a prêté le serment suivant : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la Charte Constitutionnelle et aux lois du Royaume », ; après lequel nous lui avons délivré son installation et lui avons déclaré qu’il était régulièrement installé instituteur primaire communal de ladite commune de Guernes, et avons aussitôt levé la séance. Fait etc. »

Dans les mêmes formes le 14 7bre 1842 « Installation et prestation de serment du sieur Alexandre Trognon, instituteur primaire à Guernes qui a prêté le serment suivant : « Je jure fidélité au Roi des Français, obéissance à la Charte Constitutionnelle et aux lois du Royaume », après lequel nous lui avons délivré son installation, etc… ». C’est le dernier acte de cette nature, M. Trognon ayant rempli ses fonctions jusqu’en 1874 dans la commune de Guernes.

Quelques chiffres feront connaître l’amélioration croissante du sort de l’instituteur à Guernes.

D’après ce tableau, il est facile de voir que la situation matérielle de l’instituteur est devenue relativement bonne.

Des dépenses importantes ont été faites pour la maison d’école (construction et réparation) surtout en 1869 (20 000 F), 1891 (4 000 F) et1898 (1 500 F).

En résumé, d’après ce qui précède, on voit que le recrutement des maîtres après avoir été fait, antérieurement à la révolution par le curé, fut confié aux Maîtres des communes. Autrefois le curé ne prenait l’avis des habitants que pour la forme ainsi que nous le verrons par les documents ci-après. Il ne s’occupait pas de trouver chez le maître d’école des connaissances nombreuses et solides, pourvu qu’il sache le plain-chant et soit doué d’une belle voix, cela suffisait.

Malgré les défauts du recrutement, la population était instruite : en 1600, on trouve 25 % d’illettrés ; pendant la Révolution 1792-1798, à peine 10 % ; 5 % après 1833. Aujourd’hui, cette proportion est de zéro.

Population scolaire aux diverses époques

Aucune trace de la population scolaire, antérieurement à la Révolution, ne reste aux archives de Guernes.

Le registre des déclarations, folio 4, nous renseigne pour la première fois : « Noms des enfants des deux sexes de la commune de Guernes qui fréquentent l’école de l’instituteur de ladite commune à commencer le onze floréal an deuxième de la République française une et indivisible ». Suivent avec leur âge les noms de 32 garçons de six à onze ans (dont un de 11 ans) et de 21 filles du même âge, une seule de onze ans également.

Au folio 35, on trouve : « Noms des individus qui fréquentent les écoles dans la commune de Guernes, les 4 niveaux l’an 3e de la République française ». Suivent avec leur âge les noms des 51 enfants de six à onze ans, à savoir trois de onze ans, dix de dix ans, cinq de neuf ans, seize de huit ans, quatorze de sept ans et trois de six ans.

En 1832, soixante enfants fréquentent l’école, même proportion sous le rapport de l’âge ; en 1849, soixante dix élèves ; en 1876, soixante dix-neuf élèves ; en 1879, quatre-vingt trois ; en 1880, quatre-vingt ; en 1882, soixante sept dont 35 garçons et 32 filles ; en 1884, soixante douze : 32 garçons et 40 filles ; en 1886, soixante sept dont 33 garçons ; en 1896, soixante trois, dont 33 garçons ; et en 1899, cinquante neuf élèves dont 30 garçons et 29 filles.
Depuis quelques années, la population scolaire tend donc à diminuer. Les familles sont peut-être un peu moins nombreuses, mais la diminution, qui n’est par conséquent qu’apparente, tient surtout à ce fait que de 1875 à 1880, les enfants au-dessous de six ans (de trois à six ans) étaient admis à l’école. La femme de l’instituteur avait une gratification et s’occupait de ces jeunes enfants.

La première trace des instituteurs d’après les documents déposés à la mairie, et principalement d’après les registres de l’État civil, est de 1679.
Avant la Révolution, l’instituteur signait généralement les actes comme témoin et était désigné dans l’acte. Après cette époque, il signait quelquefois les actes et les écrivait toujours, ce qui permet de retrouver les dates d’entrée en fonction, à quelques jours près.
Avant 1679, ces registres qui remontent à 1588 sont presque illisibles et les actes y sont dressés succinctement ; ils ne mentionnent pas de témoins ou ces témoins ne sont pas qualifiés.

L’instituteur est désigné sous les noms de chantre (1679), clerc loye (1714), maître d’école (1716), clerc, maistre d’école ou d’ecolle (1736-1743), clerc laïque et vigneron (1744), maître d’escole (1772), clerc layq et maître d’ecolle (1788), instituteur (30 germinal an II).

Des difficultés nombreuses ont dû s’élever au sujet de ce maître, aux deux époques où il exerça, car trois assemblées ont eu lieu pour le confirmer dans ses charges (1744, 1770, 1771), ainsi que le prouvent :
1° Une copie collationnée de l’acte d’assemblée tenue en présence de M. Le Procureur du roi au baillage de Magny le 21 avril 1771 « pour terminer les troubles excités au sujet de la maîtrise des petites écoles, ledit sieur Procureur du roi ayant compté les voix et pesé les raisons tant des acceptants que des refusants, a été résolu par ledit acte que Pierre Hilaire Demante serait confirmé dans sa charge de clerc et maître des petites écoles de la paroisse de Guernes, conformément à ce qui avait été ci-devant décidé dans les assemblées des 2 août 1744 et 25 novembre 1770 ».
2° Le consentement donné par le grand Vicaire à ce que Pierre-Hilaire doit continué dans sa charge de clerc et maître des petites écoles de la paroisse de Guernes : « Et, à cet effet, nous lui donnons toute commission nécessaire pour l’exercer avec exactitude et conformément aux règles et aux devoirs de sa place » (11 mai 1771). Pendant la période révolutionnaire Pierre-Hilaire Demante joua un rôle prépondérant dans la commune ; il remplit diverses fonctions et son nom est fréquemment cité.

Gobert François-Auguste, nommé le 10 8bre 1775, eut aussi beaucoup d’ennuis et donna bien du mal à l’archevêque de Rouen et au curé de Linetz pour arranger ses affaires : requête présentée à l’archevêque de Rouen par les marguilliers, syndics et principaux habitants de la paroisse de Guernes.
« Lesquels osent prendre la respectueuse liberté de représenter aux yeux de Votre Éminence qu’environ l’année mil sept cent soixante et quatorze ils auraient reçu pour maître des petites écoles aux garçons de leur paroisse le nommé François-Augustin Gobert, originaire de Pelincourt, sus ditVexin, pour lors âgé d’environ vingt-deux ans à vingt-trois ans, sans connaissance de ses mœurs ni de sa capacité.
Depuis ce temps il s’est marié à une veuve de ladite paroisse âgée d’environ soixante deux ans, laquelle au préjudice des enfants de son premier mariage lui a apporté un revenu honnête, duquel lui qui n’avait rien est devenu si présomptueux qu’outre ce bien, il a encore pris des baux assez considérables et entrepris des commerces qui ne lui permettent pas de pouvoir vaquer ni remplir les fonctions attachées à son état.
Au contraire, il le méprise puisqu’il ne tient point sa classe au plus le quart de l’année, encore le fait-il faire par des enfants qui ne savent pas plus que les écoliers, de sorte, Monseigneur, que toute la jeunesse demeure dans l’ignorance et passe le temps de jeunesse sans apprendre autre chose que le libertinage. D’ailleurs ces habitants étant tous vignerons, leurs travaux continuels les distrait d’avoir toujours leurs enfants sous leur vue, et que leurs moyens ne sont pas suffisants pour les mettre en pension ailleurs.
Ce considéré Monseigneur, de vos bontés ordinaires, il plaise à votre Éminence d’avoir égard au présent mémoire et de faire informer des faits énoncés ». 31 août 1783.

Enquête à ce sujet faite par le curé de la paroisse de Limetz, témoin synodal du doyenné de Magny ; déposition du curé qui déclare « qu’il n’a que de bons témoignages à rendre sur le compte de Gobert son maître d’école pour les garçons, tant du côté de son exactitude à faire les écoles que du côté de ses mœurs, sa piété, sa probité, sa manière d’instruire, sachant très bien son plain-chant et conservant la modestie dans le lieu saint » ; de marguilliers et habitants qui déclarent que le maître d’école « est un bon maître d’école, de bonnes mœurs et de bonne conduite » et que, s’ils ont précédemment dit le contraire, c’est qu’ils ont « été par le passé subtilisés » ; d’autres habitants qui déclarent « que le maître d’école est honnête homme, de bonnes mœurs, se comportant bien dans l’église, mais ayant trop d’emplois pour pouvoir faire les écoles » ; de Jacques Chanu, syndic, qui « reconnaît ledit maître d’école pour honnête homme et que, par le passé il ne s’est pas acquitté de son devoir » ; constatation que « la communauté ni la fabrique ne logeaient point le maître d’école et n’avaient pris aucun engagement vis-à-vis de lui » ; lecture de ces déclarations ayant été faite, « une partie s’est récriée, en disant qu’il ne voulait pas donner leur signe. »
- Sentence du Grand Vicaire qui confirme dans sa qualité de clerc laïque et de maître des petites écoles des garçons de la paroisse de Guernes François-Augustin Gobert, lequel devra remplir exactement et fidèlement toutes les charges et obligations attachées à cette place, « tenir assidûment son école, dont il annoncera au son de la cloche l’entrée et la sortie le matin et le soir de chaque jour aux heures qui seront déterminées par M. le curé en conséquence du nombre des enfants qui la fréquenteront, avec permission par lui de prendre : 1° par chaque semaine un congé le jeudi, s’il n’est survenu une fête pendant icelle ; 2° tous les ans six semaines de vacances, à savoir quinze jours pendant la récolte des foins et un mois pendant les vendanges » novembre 1783.

Visite de la paroisse en 1787 par le curé de Limetz, témoin synodal, commis par l’archevêque de Rouen « pour assembler les paroissiens au banc de l’œuvre, connaître des difficultés qui se sont élevées entre eux au sujet du maître d’école actuel, entendre leurs dires à charge et à décharge, du tout dresser procès-verbal ».
Comparution de François Augustin Gobert, maître d’école, « lequel a déclaré que, vu les désagréments qu’il éprouve depuis des années, il abandonnerait volontairement et dès l’instant la place de maître d’école et qu’il était prêt à signer, ce qu’il a fait après la lecture à lui faite de sa déclaration », de plusieurs habitants de la paroisse qui « vu la démission volontaire du maître d’école n’ont plus rien à désirer que de voir paraître un nouveau maître d’école qui remplisse exactement la place et les fonctions ordinairement attachées à ladite place de maître d’école ; reconnaissent aussi ledit sieur Gobert, maître d’école sortant, pour honnête homme, de bonnes mœurs et de bonne conduite. »

Gobert reconquit l’amitié de la population assez rapidement, car pendant la Révolution, ainsi qu’il a été dit dans la partie historique, il fut maire de la commune pendant plusieurs années.

Le nouveau maître réclamé dans le procès-verbal ci-dessus par les habitants aura fort à faire, car il résulte de ce qui précède et de ce qui va suivre que Gobert plaisait au curé par ses qualités de chantre et ne plaisait pas à la population vu qu’il ne faisait pas ou faisait mal sa classe.
Le successeur de Gobert résiste néanmoins pendant près de deux ans et aurait probablement tenu plus longtemps s’il l’avait voulu. Il ne plût pas au curé pour les raisons contraires et sans doute aussi parce que celui-ci lui gardait rancune de succéder à son homme de confiance. Il fut soutenu énergiquement par la population, mais il dû enfin céder après deux ans de lutte.
Cette lutte est évidente puisque, contrairement à ce qui s’était toujours fait, pendant toute la durée des fonctions de Martin Bénard, il ne remplit pas (probablement par le refus du curé) les fonctions de clerc, qui furent attribuées, les registres de l’état civil en font foi, à un nommé Lambert, pendant que Bréant, puis Rousseau étaient sous-clercs.

Quoi qu’il en soit, Guernes resta pendant huit mois sans maître d’école et le 10 février 1788, il y eut : « Assemblée en état commun », des marguilliers, syndic et principaux habitants de la commune de Guernes, « d’après la semonce faite à M. Christophe-Charles Giron, prêtre, curé de ladite paroisse, d’annoncer ladite assemblée aux prosnes (?) de la messe paroissiale dudit lieu, lequel a été refusant ; vu lequel refus, Mathias Boiste, marguillier en exercice, a sonné la cloche pour convoquer ladite assemblée… pour la réception d’un clerc laïc et maître d’école de ladite paroisse, laquelle a été vacante depuis la destitution du sieur François-Auguste Gobert ».
À cette assemblée s’est présenté « M. Martin Bénard, originaire et natif de la paroisse d’Hadancourt le haut clocher, susdit doyenné de Magny, actuellement maître d’école de la paroisse de Richeville, doyenné de Freceaux, Vexin normand, susdit archevêché de Rouen, lequel nous a présenté les certificats de MM. les curés des paroisses auxquelles il a exercé lesdites fonctions, au moyen desquels nous tous, d’une voix unanime, avons reçu ledit M. Benard pour clerc laïc et maître d’école de notre dite paroisse, après l’avoir reconnu capable d’en remplir lesdites fonctions, lequel nous a promis et s’est obligé de s’en acquitter le plus fidèlement et exactement qu’il lui sera possible ; et nous lui avons accordé pour jour de congé le jeudi de chaque semaine non empêché par quelque fête, auquel cas il n’y aura point de congé ».

Cette pièce prouve que le curé de Guernes était hostile à la nomination d’un remplaçant de Gobert, lequel était demeuré à Guernes et aurait pu, à défaut d’autres, reprendre ses fonctions.
La lutte commence aussitôt, et un mois (!) plus tard, il est déjà reproché à Martin Bénard de ne faire que des ignorants !

Le 11 mars 1788, visite de la paroisse par le curé de Limetz, doyen du doyenné de Magny ; constatation par lui que « plusieurs enfants, même avancés en âge, et qui n’ont pas fait leur première communion, ont paru ignorer les premiers principes de la religion. M’étant informé de la cause d’une si grande ignorance, il s’est élevé des débats entre M. le curé de ladite paroisse et les habitants, lesquels m’ont présenté Martin Bénard, … sur la nécessité que je lui ai présenté ainsi qu’aux habitants de ladite paroisse de Guernes d’avoir un certificat de M. le curé de Richeville de sa religion, de sa vie et mœurs, ainsi que de sa capacité pour obtenir des lettres d’approbation ; il s’est élevé une émeute générale, parlant tous à la fois et disant qu’ils le garderaient malgré la volonté de M. le curé de Guernes et qu’ils se l’adopteraient pour leur homme de confiance et pour l’instruction de leurs enfants. Ne trouvant aucune disposition dans leur esprit et souvent interloqué, j’ai cru devoir me retirer ainsi que M. le Procureur du roi de Magni, présent à ladite assemblée. »

Martin Bénard ne resta néanmoins à Guernes que jusqu’à la fin de 1789.

État actuel - Faire connaître l’organisation pédagogique, la situation de l’établissement scolaire, l’installation. Cours d’adultes, conférences, œuvres post-scolaires, etc.

L’organisation pédagogique des écoles de Guernes est l’organisation départementale, à laquelle sont ajoutés l’enseignement de l’agriculture et celui du tir.

Les programmes sont suivis, et les élèves généralement intelligents font des progrès qui seraient encore plus appréciables si les parents savaient se priver plus qu’ils ne le font des services que peuvent leur rendre leurs enfants. Malheureusement ces services sont nombreux, vu le genre de culture, pendant presque toute l’année. C’est surtout à l’âge où les enfants comprennent et font des progrès rapides, vers onze et douze ans, que les absences sont plus fréquentes. Cette situation est regrettable et il faut espérer qu’elle s’améliorera.
Quant aux résultats obtenus dans les examens, nous laissons à qui de droit le soin d’apprécier l’école à ce sujet.

Depuis le 1er octobre 1882, Guernes et pourvu de deux écoles spéciales, pour les garçons et pour les filles. La population scolaire a plutôt diminué depuis cette époque et varie pour chaque école, entre 27 et 35 élèves.

La maison d’école de Guernes, garçons et filles, est située sur la place communale, au point de jonction des diverses rues de la localité. C’est la meilleure position du village. Elle est indépendante de la mairie et comprend sur la rue le logement des instituteurs avec, au-dessus, une sorte de clocheton où est logée la cloche.
En arrière se trouvent les classes, dans le prolongement l’une de l’autre ; autour de la maison, un jardinet séparé des cours par une grille. Les deux cours sont malheureusement très petites et la position de l’établissement ne permettra pas de les agrandir. Comme clôtures : des murs sur les côtés, une grille en devant et en arrière des constructions privées.

Les classes sont spacieuses, bien aérées et parquetées ; les murs sont peints à l’huile. La lumière arrive abondamment par quatre grandes fenêtres dans chaque classe. Les dimensions des deux classes sont 7,20 m x 6,55 m = 47,16 m2 x 3,90 m = 183,924 m3. Elles sont séparées par une cloison avec porte de communication.

Le matériel comprend d’abord six tables à six places dans chacune des classes ; ce sont des tables ancien modèle et qui ont plus de cinquante ans de service, c’est dire qu’elles sont en mauvais état. Elles auraient été changées depuis longtemps déjà si la commune, qui à deux reprises en a fait la demande sans résultat, avait pu obtenir une subvention du département.
Douze cartes Vidal-Lablache pour chaque école, des globes, compendium, tableaux muraux de lecture, etc., complètent l’ameublement avec la bibliothèque et le buste de la République.
En outre, à hauteur convenable, les murs sont revêtus d’ardoisine tout autour des deux classes, ce qui constitue des tableaux noirs très commodes ; ceci indépendamment des tableaux noirs mobiles.
Un portique pour l’enseignement de la gymnastique est installé dans la cour des garçons. Enfin un champ d’expériences a été mis par la commune à la disposition de l’instituteur.

La bibliothèque scolaire a été créée en 1863. Une somme de cent francs a été consacrée à l’acquisition du meuble et, depuis cette époque, la commune a voté des sommes assez élevées soit pour l’acquisition, soit pour la reliure des ouvrages. La population a fait le meilleur accueil à cette institution ; beaucoup de personnes ont lu tous les ouvrages que contient cette bibliothèque (environ 250).

Les cours d’adultes sont créées à Guernes depuis plus de trente ans. En effet, le budget de 1869 porte un crédit de 80 F destiné à rétribuer l’instituteur chargé du cours. Ce crédit fut porté à 100 F en 1875, chiffre qui est resté le même. En 1895, le conseil municipal a décidé que ce crédit serait partagé entre l’instituteur et l’institutrice et que les cours d’adultes seraient faits alternativement pour les deux sexes ; vingt à trente élèves fréquentent ces cours pendant quatre mois de sept heures à neuf heures du soir.

Des conférences publiques ont lieu pendant la même période depuis 1895, trois ou quatre chaque année, les unes avec projection, les autres sans projection. Les premières sont très suivies, peut-être trop vu les dimensions de la salle. En y comprenant les enfants de l’école, 250 à 300 personnes s’entassent dans un espace de cinquante mètres carrés et beaucoup ne peuvent entrer faute de place.

Un cours de musique vocale a été créé pour les deux sexes, enfants et adultes, par M. Réjoux, ex-artiste peintre à la manufacture de Sèvres, ex-directeur de l’orphéon de Sèvres, chevalier de la légion d’honneur ; ce cours donnera, je crois, de bons résultats surtout avec les enfants de l’école.

Le 1er janvier 1898, quinze jours après une conférence faite à Mantes par M. E. Lefèvre, une mutualité scolaire fut créée à Guernes. Cette société, approuvée par arrêté du 13 7bre suivant, porte le n° 251.
Aujourd’hui, elle compte trente membres et sa situation pécuniaire se trouvant excellente grâce à une subvention de l’État ce nombre augmentera rapidement. Cette institution est fort appréciée par la population et le conseil municipal a voté aux budgets de 1899 et 1900 une petite subvention qui sera d’un excellent effet.
Les statuts de cette société, qui est spéciale à Guernes, seront modifiés très probablement à la prochaine assemblée générale pour permettre aux adultes de quitter la mutualité de Guernes et d’adhérer à la mutualité de l’arrondissement, approuvée tout récemment, ou à une autre société analogue. Ils y trouveront, avec des versements un peu plus élevés, des avantages plus en rapport avec leurs besoins et notamment, en cas de maladie, des secours beaucoup plus importants.

Enfin, l’enseignement du tir est organisé depuis quatre ans. Les enfants prennent part à ces exercices avec beaucoup d’entrain ; des concours de tir ont lieu chaque année, et il est probable que les enfants sortis de l’école voudront continuer des exercices aussi utiles qu’attrayants. Tout fait donc supposer qu’une société de tir sera organisée prochainement.
 

Monoxyde de carbone

Danger !

monox-carboneEn France les intoxications au monoxyde de carbone sont une source importante d'hospitalisation et de décès (une cinquantaine par an).

Les appareils à l'origine de ces intoxications ont été majoritairement les chaudières, les chauffe-bains et les barbecues/braseros.

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