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 III. Esquisse historique

Étymologie, anciennes formes du nom

Toussaint Duplessis pense que le village de Guernes peut bien être d’origine celtique (Vern Monceau) ou d’origine teutonique (Varne) ; ce qu’il y a de plus certain, c’est que Guernes, nommé depuis dans des titres Garnes et Crênes, était appelé en 1141 Warnas et qu’un seigneur, Barthélémy de Louroy, le donna à l’abbaye du Bec.
En 1257, un autre seigneur, Hugues de Louroy, se désista de ses prétentions sur le patronage de la cure.
En 690, un seigneur d’Arthies laisse à l’abbaye de Saint-Denis, par testament écrit sur écorce, et passé à Arthies, les métairies d’Issou, de Porcheville, d’Hannecourt, de Guernes, la métairie d’Arthies, avec ses champs, prés, pâturages, eaux et cours d’eau, maisons, etc. Il fait aussi mention dans ce testament de l’Église Saint-Martin-de-Chaussy.

Il n’existe à Guernes aucun monument de l’époque ancienne, nul vestige des temps passés, si ce n’est quelques rares armes de pierres : haches, pointes de lances et de flèches, etc.

Époque antérieure à la Révolution - Fiefs

L’histoire d’une petite commune comme Guernes est bien voilée. Le village a passé bien inaperçu : il a subi et suivi, comme une simple dépendance, les fluctuations de domaines plus importants. Il fit partie longtemps du grand fief de la Roche-Guyon. Son territoire dépendait en partie de la forêt d’Arthies.

En 1208 ou 1211, Guy de la Roche, seigneur de la Roche Guyon, est investi par Philippe-Auguste du droit de chasse exclusif dans la forêt d’Arthies « sous réserve de notre droit ». Charles IV en 1326 donna cette concession à perpétuité. La Fournière, propriété de 83 ha faisait, selon toute probabilité, partie de la forêt d’Arthies. Un registre terrier aux archives d’Aincourt en fait d’ailleurs mention. C’est aujourd’hui une propriété close. Elle faisait partie du domaine du duc de la Rochefoucaud et de sa femme, la duchesse d’Enville (1716-1797). Elle appartint ensuite à leur gendre, Louis de Rohan-Chabot et à leur petit-fils Alexandre-Louis-Auguste (1808). À son décès, sa fille Anne-Louise-Zoé l’apporta en dot au comte d’Estournel. Après un partage définitif (Me Lebrun à Paris, 9 octobre 1819), le château, le parc de La Roche Guyon, des bois, des fermes sur la rive droite de la Seine, furent attribués au prince de Léon, chef de la famille, d’autres lots à des co-héritiers.
Les droits d’aînesse et de substitution n’existaient plus, la volonté du père pour la disposition de ses biens était restreinte et ne pouvait assurer à l’aîné qu’une prééminence insignifiante. Le lotissement de ce vaste domaine était, en ce pays, la première application éclatante du nouveau code civil et opérait le démembrement de la terre de La Roche Guyon. La propriété passa ensuite à leur gendre, marquis de Saint Aulaire, puis à M. Fournier, de Chérence (1856). Enfin, ce dernier la vendit en 1884 au propriétaire actuel M. Cazères.

Indépendamment de la Fournière, il existait à Guernes une autre propriété seigneuriale qui appartenant autrefois à la famille de Montgros.
Les registres de l’État civil mentionnent comme parrain (10 juin 1631) un Charles de Montgros, escuyer, seigneur de Flicourt. Le 7 février 1672, un de ses fils est nommé vicaire à Guernes même. Le 11 janvier 1706 eut lieu le mariage de Charles le Det (plus tard le Dept, Ledept, aujourd’hui Ledebt) fils de Robert, avec Madeleine de France, en présence de messire Georges de Mongros, escuyer, seigneur de Flicourt, lequel a signé.
Cette terre et ferme de Flicourt, ainsi que presque toutes les îles, firent plus tard partie du domaine de La Roche Guyon. Elle fut comprise, avec la Fournière, dans la déclaration de propriété faite par la duchesse d’Enville en 1793. Sa petite-fille l’apporta en dot au marquis de Castellanne. Nicolas Breton fit l’acquisition de la ferme par acte du 25 germinal an VI, son père Denis Breton en était fermier depuis longtemps. Elle passa à M. Poulain, puis à M. Cochin. En 1884, elle fut morcelée : la majeure partie avec la ferme fut achetée par M. Desportes Constant, fermier actuel.

Pendant toute l’époque féodale, le gibier causait beaucoup de dégâts ; aussi les villageois, désarmés pour n’agir contre le seigneur, prenaient des précautions et faisaient des sacrifices pour surveiller et défendre leurs biens. Ils se syndiquaient et, par acte notarié, donnaient pleins pouvoirs à l’un d’eux pour assurer la garde journalière de leurs propriétés.
« Du 7 mai 1690, par devant Ledept, notaire à Guernes, sont comparus… tous les habitants de la paroisse dudit Guernes et Sébastien Barquit, vigneron, demeurant au dit lieu, lesquels habitants ont donné pouvoirs au dit Barquit de faire la garde journellement dans toute l’étendue du territoire dudit Guernes, des prés, terres et vignes qui leur appartiennent pour empêcher les dommages des bestiaux et animaux des particuliers, habitants ou autres… lesdits habitants se sont obligés à lui payer deux sols par chaque arpent de terre que chacun possède » - « Extrait des minutes du tabellionage de Guernes ».

Guernes faisait partie autrefois de la paroisse de Saint-Martin (la Garenne) doyenné de Magny, diocèse de Rouen.

Depuis la plus haute antiquité : « La paroisse de Saint-Martin comprenait au XIe siècle outre Sandrancourt… le village de Dennemont et enfin la commune de Guernes toute entière, laquelle n’était alors qu’une chapelle ». « En ces temps Guernes, qui a été depuis établi en paroisse par la permission et bienfaits des abbés prieurs de Saint-Martin et couvent du Bec Helluin, n’était qu’une chapelle ».
Le prieuré de Saint-Martin devait donner chaque année 200 livres au curé de Guernes, lorsque ce village devint paroisse.

Aujourd’hui, et depuis longtemps, la fabrique de Guernes a des propriétés en la commune de Moisson. On trouve pour la paroisse N.-D. de Guernes : baux de terre de la fabrique passés le 26 avril 1788 par les marguilliers en charge. Ces terres proviennent de Georges de Bréval.

L’église est très ancienne ; elle a été consacrée le 24 juin 1520, mais elle a été refaite, en plusieurs fois, presque complètement. Le clocher a été refait tout récemment (Délibération du conseil municipal du 18 août 1817 qui a voté 1.103f,25 pour faire une tourre pour mettre la cloche de l’église).
L’autel a conservé un retable en chêne sculpté du XVIe siècle : scène de la Passion (80 personnages), surmonté d’un panneau peint représentant la vierge et l’enfant Jésus. Cette pièce a une grande valeur.

Formation territoriale

La constitution de la commune de Guernes à l’époque de la Révolution a été très laborieuse. Elle a donné lieu à des délibérations nombreuses, à des pourparlers longs et difficiles : il était probablement question de l’incorporer à une autre commune.

En vertu du décret des 20, 22 et 23 novembre 1790, qui indique les règles à suivre pour l’établissement de l’impôt foncier et détermine les sections, les propriétaires firent la déclaration de leurs biens pour les impôts de 1792. Ces déclarations sont aux archives de la mairie.
Guernes fut divisée en sept sections, formant 1 497 arpents 58 perches dont le revenu net fut fixé à 22 835 livres ; et le 5e à 4 567 livres. Pour la France entière, ce 5e du revenu net était de 300 000 000 livres.

La délimitation de la commune ne se fit pas sans tiraillement avec les communes voisines, comme le prouvent plusieurs délibérations. Ex. : « Ce jourd’hui cinq juin mil sept cent quatre vingt treize l’an 2e de la République, Nous, Maires officiers municipaux de la commune de Guernes et Saint-Martin-la-Garenne, nous nous sommes transportés et réunis l’un à l’autre à l’effet de fixer les abornements du territoire de chacune desdites communautés de manière qu’il n’intervienne aucune difficulté pour ce qui concerne nos démarcations et qui doivent servir à fixer la quote-part des impositions des deux paroisses auxquelles il pourrait se faire quelques changements, vu les difficultés qui ont existé jusqu’à ce jour entre l’une et l’autre. En conséquence, nous nous sommes transportés lieu-dit « au chemin de Mantes », pièce de terre plantée en vigne… »
La question ne fut pas tranchée du premier coup, car l’an 3e le 18 vendémiaire, le citoyen Guérin, commissaire, vient réclamer des états qui ne sont pas prêts, et les citoyens Pierre Hilaire Demaute et Jean-Philippe Prévost sont nommés pour dresser lesdits états. Le dix nivôse suivant, le conseil général de la commune leur alloue 54 livres pour ce travail et la rectification des déclarations de territoire.

Plus tard, pour la division au point de vue du culte, on trouve : « L’an douze de la République française, le vingt-huit thermidor, Nous, Maire de la commune de Guernes, canton de Limay, département de Seine et Oise, avons en conformité de la lettre du conseiller d’État, Préfet de ce département en date du seize thermidor présent mois, convoqué le conseil municipal de cette commune à l’effet de délibérer et donner son avis sur les localités et les circonstances qui pourront déterminer la réunion des communes susceptibles de former un seul territoire dépendant de la même succursale.
Le conseil délibérant sur l’objet de notre convocation, nous avons considéré que la commune de Guernes, composée de 550 habitants ou 160 feux, n’est susceptible d’aucune réunion d’après sa topographie. Guernes est à la pointe d’une presqu’île formant avec Véteuil et Follainville un triangle presque isocèle, dont ces deux dernières communes font la base. Il est dit presque isocèle parce que les deux côtés ne sont pas parfaitement égaux.
La commune de Guernes a bien non loin d’elle les communes de Rosni et de Rolleboise, mais la communication en est impraticable en hiver et très difficile en été. La Seine les sépare en trois bras entre Guernes et Rosni et un fort large entre elle et Rolleboise, ce qui rend le passage très incommode et coûteux même en été. Guernes n’a donc d’abords praticables que du côté de Mantes, Vétheuil, Saint-Martin et Follainville. Saint-Martin est placé entre Vétheuil et Follainville, formant la base du triangle. Guernes est à deux fortes lieux de Mantes, une et demie de Follainville, autant de Saint-Martin et deux de Vétheuil.
Tout murement examiné nous ne voyons qu’un seul moyen de faire de Vétheuil, de Saint-Martin, de Follainville et de Guernes, trois paroisses bien composées, faciles à desservir et dont les frais du culte ne seraient pas onéreux pour les habitants. Saint-Martin, étant au milieu et composé de différentes annexes, peut être supprimé et ses différentes portions annexées aux communes dont elles sont le plus voisines. Sandrancourt, hameau à trois quarts de lieue de Saint-Martin, à une demi-lieue de Guernes, également à la pointe de la presqu’île, resterait uni à Guernes. Saint-Martin a une demi-lieue de Vétheuil ferait partie intégrante de Vétheuil, et le Coudray, annexe de Saint-Martin, resterait à Follainille qui n’en est éloigné que d’un quart de lieue et demi. » Signé : Gobert, Maire.

Guernes, alors du canton de Limay, avait été primitivement (an deux) rattaché au canton de Mantes.

Administration communale pendant la Révolution - Mœurs

L’administration de la commune à Guernes ne fut pas une sinécure, et l’on trouve au registre copie de la lettre suivante : « Mantes 25 Baire an 9. Le Sous-préfet de l’arrondist. dépt. de Seine-et-Oise, aux Maires des communes de l’art. Le Gouvernement, citoyens, désirant être informé jour par jour de la situation de l’art., vous voudrez bien me faire votre rapport de tous les délits ou autres faits remarquables qui pourront se produire dans vos communes, aussitôt que la connaissance vous en sera parvenue.
J’attends de vous l’exactitude la plus suivie à satisfaire aux dispositions de la présente », que tous les Maires ont dû recevoir.
Le Maire, à Guernes, n’avait pas attendu des ordres pour dresser un procès-verbal de tous ces faits. Un registre, commencé en 1792, fait mention de tous les délits, faits divers, d’administration ou autres.

Le service de garde champêtre fut réorganisé. Ce ne fut en effet que la réorganisation d’un service déjà ancien comme on l’a vu (1690) à propos des dégâts du gibier. Plus tard, on nomma des messiers.

Différents systèmes furent adoptés pendant la Révolution ; tantôt on nommait un garde qui prêtait serment, tantôt chacun faisait la garde à tour de rôle, témoin cette délibération : « L’an sept République française, le vingt-trois floréal, nous agent et adjoint et autres habitants de la commune de Guernes, canton de Mantes et dépt. de Seine-et-Oise étant réuni au lieu destiné pour servir à constater l’état actuel des citoyens, pour prévenir tout abus ou tort que les malveillants pourraient causer sur le produit des productions d’autrui. Et après avoir entendu prononcer par l’agent les paroles rapportées à l’art. cinq de la déclaration des droits de l’homme « La propriété est le droit de jouir et de disposer de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie, et autres paroles contenues sur les devoirs de l’homme ». C’est sur le maintien des propriétés que repose la culture des terres et toutes les productions du travail des propriétés. Et arrêtons à cet effet pour prévenir tout abus sur les productions d’autrui qu’il partira à compter du vingt-quatre floréal à commencer par les sieurs Francois Demantes et Alexandre Dufour, et ainsi de suite en faisant le tour de la commune. Et après le tour fait, on recommence par ceux qui ont deux vaches, et après le tour fait on recommencera par ceux qui en ont trois, et quatre et toujours de même jusqu’au vingt et un brumaire an huit. Et tout citoyen à son tour sera garde champêtre et sera tenu de garder les propriétés suivant les lois rendues et à rendre à ce sujet. Et, en outre, il sera pris copie du présent sur papier de soixante et quinze centimes et porté à l’enregistrement au bureau de la Roche-sur-Seine et déposé entre les mains du sieur juge de paix du canton de Mantes extra-muros. Fait etc. ».

Et cette autre pour la réception d’un garde champêtre : « Ce jourd’hui seize février mil huit cent six à l’issue de la grande messe paroissiale… étant assemblé, s’est présenté devant nous le sieur Jean Caprix, domicilié en la commune de Moisson, pour être reçu garde champêtre de notre commune à partir de ce jour jusqu’au 1er décembre et pour le prix et somme de un franc vingt-trois centimes par vache, autrement dit bêtes à cornes. Le susnommé étant muni du certificat de sa commune représentant son honnête conduite, nous l’avons accepté pour garde champêtre aux conditions susdites et pour le temps spécifié… ».

Les procès-verbaux, déclarations, etc., sont nombreux dans le registre, tous plus drôles et naïfs les uns que les autres : on y appelle les choses par leur nom. En voici quelques exemples.
« L’an deuxième de la République, le dix floréal, suivant le rapport de Antoine Michau garde champêtre de ce jour sur les neuf heures, faisant sa tournée a trouvé dix à douze vaches du hameau de Sandrancourt pâturant sur notre territoire ; l’aient voulu renvoyé et payé l’amende ont refusé et crié à eux. Étant survenu le sieur Cointrel Nicolas dit Vautru, lequel s’est jeté sur ledit garde champêtre et lui avait dit plusieurs paroles injurieuses et il l’a frappé. Fait et arrêté en notre bureau an ci-dessus. Signé Gobert, Maire. »

« L’an mil huit cent onze, le six février s’est transporté le sieur Pierre Paul Legendre cultivateur à Guernes devant la porte du domicile de Elisabeth Corbonnois, veuve Mar, cultivatrice à Guernes. Lequel lui a dit des paroles injurieuses avec beaucoup de menaces ainsi qu’à ses filles en les menaçant de les frapper. Ledit Legendre promet et s’oblige à ne jamais dire, ni médire, ni faire aucun mal, ni vengeance à la dite Vve Mar sus énoncée, ni à ses filles. En foi de quoi il a signé le présent ».

D’autres encore que la politesse et la décence ne permettent pas de transcrire. On en trouve « Pour avoir fait du bruit à l’église pendant l’office étant pris de vin ». Et celui-ci : « L’an XI de la République ce jourd’hui dix sept prairial, en vertu du tribunal de paix du canton de Limay qui condamne le nommé Jean-Philippe-Lazar Hébert à une amende de la somme de douze sols pour payer une bouteille de vin pour n’avoir point été à vêpres le jour de la trinité » (Il n’est pas dit si le délinquant en aura sa part !).
Ce dernier extrait indiquerait que Guernes fait, dès l’an onze, partie du canton de Limay.

De nombreuses déclarations sont de véritables reconnaissances de paternité : « Commune de Guernes, s’étant transporté par devant nous Renoult, Maire de cette commune, Catherine Bréval, veuve Denie Ledait dit Baron, accompagnée de sa fille Catherine Ledebt, habitant chez ladite Bréval, laquelle m’a déclaré ce jourd’hui qu’elle se trouvait embarrassée de quatre mois et demi des œuvres de Eustache Legendre, natif de Guernes, domicilié chez son père demeurant à Guernes, garçon de Antoine Legendre et de Geneviève Legendre ses père et mère. Ladite déclaration faite le 18 7bre 1815. »

« L’an mil huit cent trente-cinq, le 25 avril, est comparu devant nous François Fouet, Maire de la commune de Guernes, le sieur Talbot Jean-Bte qui nous déclare que sa fille Elise Talbot, âgée de 23 ans, se trouve enceinte de quatre mois du fait de Lubin Hottot, âgé de 22 ans, étant pour partir comme soldat. Lequel jeune homme nous a déclaré que c’était bien lui, que la demoiselle était enceinte de son fait ». Les sieurs Talbot et Hottot signent la déclaration.

Ces déclarations commencent avec le registre : « L’an mil huit cent quatre-vingt treize, le cinq juillet, les Maire et officiers municipaux étant assemblés… se sont présentés les citoyens Jacques Joyes… et Jean Gritte… Ledit Joyes nous déclarant que sa fille, âgée d’environ dix-huit ans, a accouché ce jour d’une fille qu’elle a dite être des œuvres de Jean Gritte qu’il a reconnu véritable et a consenti la recevoir chez lui comme étant son propre enfant et a consenti qu’elle soit baptisée à son nom… ».

À remarquer aussi « la nomination d’un marguillier (31 Xbre 1809) par les Maire, conseil municipal et habitants assemblés au son de la cloche au ban de l’œuvre pour nommer un marguillier de notre fabrique pour en remplir les fonctions, faire payer les rentes, renouveler les titres… Nous avons choisi Jean-Bte Ledebt ».

Tous les ans un arrêté dit ban de vendanges indique l’époque et l’heure auxquelles les vendanges auront lieu et énonce les peines auxquelles s’exposeront ceux qui ne l’observeraient pas : « L’an deuxième de la République française une et indivisible et impérissable, séance publique du dix-huit fructidor. Nous Maire, officiers municipaux, agent national, conseil général et autres citoyens de la commune de Guernes, étant assemblés en la maison commune dudit Guernes pour prendre un jour pour aller à vendange. Après avoir entendu la voix de plusieurs citoyens, lesquels citoyens ont dit et résolu qu’il serait urgent et même nécessaire d’attendre jusqu’au vingt quatre fructidor et dix septembre (…) arrêtons que tous citoyens qui seront trouvés auparavant seront condamnés à dix livres d’amende au profit des huit hommes de ladite commune qui seront de garde à commencer ce jourd’hui par la maison du citoyen André Renous… »

À la fin de l’an IIe (jours complémentaires), un incendie considérable faillit détruire le village entier. Des secours furent demandés à la convention et obtenus après enquête : « Ce jourd’hui huit germinal en trois République française une et indivisible, sont comparus les citoyens Legay frères, experts pour les maisons et bâtiments détruits et dévastés, et les citoyens Michel Fouet, Nicolas Lecouflet, autres experts nommés pour les meubles, effets, foins, grains, vins, boissons, légumes, bois et cetera, qui ont été brûlés, consommés par l’incendie arrivé le quatrième jour des sans-culotides dans notre commune… ».

À remarquer aussi les délibérations pour la recherche du salpêtre, la fourniture de seigle et grains pour les communes qui n’en récoltent pas : « Le 28 messidor an II, un citoyen Finet vient chercher pour Véteuil quinze quintaux (c’est la première fois que ce terme nouveau est employé) de seigle, faute par les officiers municipaux d’être déclarés suspects et arrêtés, suit la liste des habitants avec les quantités qu’ils doivent fournir. Quelques jours auparavant, le 22 messidor, on trouve la copie d’un arrêté fixant le salaire des ouvriers qui coupent les récoltes ».

Le premier drapeau tricolore de la commune a aussi son état civil : « L’an trois de la République française, une et indivisible, nous Maire, officiers municipaux et conseil général de la commune de Guernes, autorisons l’agent national de notre commune à faire placer une branche de fer sans croix et une girouette au bout. Et d’acheter une aune de toile et la faire peindre des trois couleurs et il lui en sera tenu compte et de la faire placer sur notre clocher, ainsi a été arrêté en notre commune le vingt-six brumaire an ci-dessus. »

Le maire avait encore pour mission d’assembler les habitants et de leur faire lecture des lois et décrets de l’assemblée nationale. Il fit vendre les biens du clergé qui se composaient seulement à Guernes de la récolte en luzerne du jardin de la cure : « Ce jourd’hui, six du mois de prairial, l’an 2e , etc., nous agent nle de la commune de Guernes, district et canton de Mantes hors les murs, arrêtons savoir : que décadi prochain il sera procédé après la lecture des lois et décrets au temple de lestre supresmes à la vente et adjudication définitives au plus offrant et dernier enchérisseur de la récolte de quarante cinq perches de terre en luzerne et bourgogne provenant du jardin de la cure de la commune, le tout argent comptant au profit de la commune, etc. »

Le curé de Guernes fut réfractaire à la constitution civile du clergé, comme le témoigne la délibération du 25 juin 1793 dans laquelle le maire et les notables donnent pouvoir au procureur de la commune de faire par huissier opposition entre les mains du citoyen Ferton, receveur du district, sur les deniers provenant de la cure de Guernes pour payer le citoyen Claude Langlois desservant par suite de la désertion du citoyen Charles Giron ci-devant curé de ladite paroisse.

Le Maire était encore chargé par la constitution, de la rédaction des actes de l’État civil : « Ce jourd’hui vingt janvier mil sept cent quatre-vingt treize, l’an deuxième…. avons convoqué une assemblée générale de la municipalité à la diligence du citoyen Romain Boiste procureur. Dans ces conditions avons délibéré faire la nomination d’un officier public pour constater les actes de naissance, mariage, publication de mariage et décès, conformément à la loi du 20 7bre 1792, et avons nommé à cet effet le citoyen Miche Fouet, lequel a accepté d’en bien remplir les charges et en témoigne sa reconnaissance à l’assemblée, et avons signé ».

Le dernier acte de baptême dressé par le curé est du 2 novembre 1792 ; et quoique non officiellement nommé « l’officier publique » dresse son premier acte le 30 9bre 1792. Le Maire avait donc fort à faire, et la chose publique devait lui prendre la plus grande partie de son temps.

Il était nommé par le Préfet et devait prêter serment : « Le trente prairial an VIII de la République… s’est présenté le citoyen François-Augustin Gobert, marchand de vin en la commune de Guernes, lequel a été nommé et choisi par le Préfet du dépt. pour remplir les fonctions de Maire en ladite commune dont il prête serment à Michel Fouet, agent sortant de fonctions. Je jure d’être fidèle à la constitution précédente ».

Après la restauration, la nomination se faisait dans les mêmes formes pour le Maire et l’adjoint, l’un prêtant à l’autre le serment dont suit la formule : « Je jure et promets à Dieu de garder obéissance et fidélité au roi, de n’avoir aucune intelligence, de n’assister à aucun conseil, de n’entretenir aucune ligue qui soit contraire à son autorité. Si dans le ressort de mes fonctions j’apprends qu’il se trame quelque chose à son préjudice, je le ferais connaître au roi de suite ».

État actuel : institutions communales - Conclusion

Comme dans toutes les communes, un bataillon de garde nationale fut formé à Guernes le 14 juillet 1793 avec François Demantes pour 1er capitaine. Son successeur, Gobert, fut élu le 21 germinal an XI. Ce capitaine prêtait serment. On trouve la trace de cette formalité pour Paul Ledebt (23 avril 1831).

Une compagnie de sapeurs-pompiers fut créée au commencement du siècle. Mais elle n’eut de pompe que le 21 mars 1836 et, depuis cette époque, fut plusieurs fois réorganisée.
Elle a actuellement pour officiers et sous-officiers MM. Duval, Ledebt Émile, Dubois, et se compose en grande partie de jeunes gens dévoués et actifs. Tous se perfectionnent courageusement et effectuent de fréquentes manœuvres en y apportant une attention et un zèle soutenus. Ils en trouvent la récompense dans les nombreux prix qu’ils obtiennent chaque année dans les concours, rivalisant avec les Cies de villes importantes et souvent même se classant en première ligne. Leur dernier succès est un prix d’honneur, remporté en 1re Division sur des concurrents nombreux et d’une grande valeur.

La commune de Guernes joint l’agréable à l’utile : elle a aussi sa société musicale. Fondée en 1868 par M. Dufour, réorganisée par M. Lenoir, directeur actuel, la « Lyre Guernoise » ne le cède en rien à la Cie de sapeurs-pompiers sous le rapport des succès nombreux et mérités par son travail suivi. Dans tous les concours elle se fait remarquer par sa valeur, quoique formée par un nombre d’exécutants malheureusement un peu faible.
Ces deux sociétés donnent ainsi un peu de gloire et un bon renom à leur village ; aussi la population leur en est reconnaissante et les soutient de tout son pouvoir.

Un mot pour terminer du Bureau de bienfaisance fondé il y a soixante ans, grâce à un généreux donateur et qui, administré par des personnes sages et justes sait trouver, malgré ses faibles ressources (470 F de rentes), le moyen de venir en aide aux indigents d’une façon régulière et intelligente : dons de pain, de viande, médicaments, soins médicaux, bois, habillements, etc.

La commune est donc actuellement dans une situation assez prospère. Les rues, bien entretenues, sont éclairées par une série de réverbères dont l’installation remonte à une dizaine d’années.
Sa position, les habitations bourgeoises qu’on y construit, son peu d’éloignement de la gare de Rosny, la pêche, la chasse, commencent à y attirer un certain nombre de citadins heureux d’y trouver tous ces avantages et de pouvoir, à bon compte, s’y distraire en se reposant des fatigues de la vie des villes.

Au point de vue financier la commune pourrait désirer une amélioration, car les habitants sont relativement chargés d’impôts. Néanmoins, tout le monde, étant plus ou moins propriétaire, et vu le genre de culture, peut vivre de son travail ; il s’y trouve évidemment des familles peu aisées, mais il y a peu d’indigents, et chacun peut se tirer d’affaire avec de l’ordre, du travail et de l’économie.
 

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