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Seine tragique - Un vendredi 13 en mai 1910

Qu’advint-il donc, en ce vendredi 13 mai 1910, vers dix-huit heures ?

phoca thumb l bac 7Le journal de Mantes et Le petit Mantais permettent de le comprendre, à travers ces colonnes de la presse locale, de mai 1910.

En ce mois de mai, la Seine connaissait toujours une période de hautes eaux, et, encore abaissés pour en faciliter l’écoulement, les barrages augmentaient d’autant la violence du courant.

Vers dix-huit heures, sur la rive de Rosny, conduit par le passeur Watterloo, le bac embarqua Mme Mariette Henry, boulangère, et M. Hippolyte Lenoir, cultivateur, tous deux habitants de Guernes.

Aux dires du passeur, la charrette de Mme Henry, se trouvait à l’arrière du bac, tandis que celle de M. Lenoir se situait à peu près au milieu de l’embarcation. Par la suite, le tribunal évalua le poids de la première à 300 kilogrammes et de la seconde, contenant cinq sacs de plâtre et deux de ciment, à 500 kilogrammes. Au total, d’après les débats du procès, avec 800 kilogrammes pour ces deux charrettes, le bac n’était pas surchargé, puisque « le texte du règlement sur le passage d’eau » prévoyait « qu’une seule voiture, d’un poids ne dépassant pas trois tonnes et demie [pouvait] être embarquée sur le bac ».

Aux deux tiers de la traversée, évaluée à 190 mètres, le bac embarqua de l’eau du côté amont et s’enfonça en précipitant les passagers dans le fleuve ; tandis que, sur la berge du côté de Guernes, près de l’auberge, le mât soutenant le câble, long de vingt mètres, tout en pitchpin et de trente-sept centimètres de côté, « après avoir brisé ses haubans et fauché un prunier [se coucha] sur l’herbe maigre d’un jardinet, la pointe tournée vers le fleuve ».

Mme Bach, exploitante de la traversée de la Seine, déclara « qu’entendant du bruit et des rumeurs insolites, elle sortit de chez elle [et] sautant dans un canot se dirigea du côté où le bac venait de disparaître, mais ne put recueillir que le passeur qui avait réussi à se maintenir à la surface ». Quant à M. Lenoir, au moment où le canot arrivait près de lui, « il s’enfonça pour ne plus reparaître » tandis que Mme Henry avait déjà disparu.

Plus d’une semaine après, le fleuve rendait aux familles, les touchantes dépouilles des victimes de ce tragique accident.

phoca thumb l bac 2Jeune femme de 30 ans particulièrement estimée, Mme Mariette Henry laissait veuf son mari et orpheline sa fille à cinq ans ! Agé, lui, de 57 ans, M. Hippolyte Lenoir laissait une veuve et deux filles qui restèrent inconsolables. La presse le décrivait comme ayant « conquis l’estime et l’amitié de tous ceux qui le connaissaient », mais aussi comme « un républicain convaincu et sincère, un excellent citoyen, un brave et honnête homme », jouissant d’une « sympathie unanime ».

L’issue du procès de ce malheureux naufrage jugea le passeur Watterloo, âgé de 75 ans, responsable de l’accident. Le tribunal lui reprocha d’avoir augmenté la tension du câble qui guidait le bac, pour faciliter la manœuvre au moment de l’abordage ; mais, plus encore, son inexpérience et sa maladresse dans la conduite, si particulière, d’une telle embarcation.

Par conséquent et compte tenu de la personnalité des victimes, la cruauté de cet accident tragique souleva une vive émotion chez tous les riverains qui, plus que jamais, réclamèrent la construction d’un pont, à l’emplacement du bac.

Guernes de 1900 à nos jours

D’ailleurs, le Conseil Général vota ce projet de pont, le 23 avril 1912, mais la guerre de 1914-1918 empêcha sa réalisation et après la victoire de 1918, les crédits nécessaires à la reconstruction des régions dévastées manquèrent à ce nouvel équipement qui ne vit donc jamais le jour.

A propos de l’éventualité de la construction d’un pont entre Guernes et Rosny dans la période 1903-1914, il est possible de consulter à la mairie du village les pages 38 et 39 de la monographie « Guernes de 1900 à nos jours ».

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