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Mairie
Place de la Mairie
78520 - Guernes
Tél. : 01 34 77 51 07
Fax : 01 34 77 47 24
Horaires d'ouverture
de la Mairie au public
› Lundi : 17h00 - 19h00
› Mercredi : 10h30 - 12h00
15h00 - 17h00
› Vendredi : 16h00 - 18h00
Les nouveaux habitants de Guernes peuvent se présenter à la mairie, aux heures d’ouverture au public, afin de faire connaissance
Bibliothèque municipale
Foyer Gérard Neyens
au 1er étage
Prêt de livres gratuit
Horaires d'ouverture
(hors vacances scolaires)
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Aurore Nivert, Monique Hervé, Dany Monavon
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La maison d'un vigneron à Guernes en 1766L'inventaire après décès est la description par un officier de justice des biens laissés par une personne décédée. Il permet d'estimer la valeur vénale d'une succession et d'en assurer la transmission aux héritiers, notamment quand ceux-ci sont mineurs. Il permet aussi de la refuser si le défunt était criblé de dettes.
C'est un document émouvant qui nous fait pénétrer dans l'intimité d'une personne ou d'une famille. Une photographie de l'intérieur d'une maison et de ses dépendances. Bien entendu, n'est décrit et « prisé », c'est-à-dire évalué en termes de valeur marchande, que ce qui est vu... Il arrive parfois en effet que des objets de valeur « échappent » à l'inventaire, faussant ainsi ce dernier mais aussi la vision que l'historien se fait d'un intérieur d'autrefois. Gageons que plus la maison est modeste, plus l'inventaire est fidèle.
Nous allons maintenant pénétrer dans la maison d'un couple de vignerons de Guernes telle qu'elle était il y a deux siècles et demi, en août 1766, à une époque où on se déplaçait à pied ou à cheval, sans eau courante ni électricité pour personne, qu'il soit roi ou laboureur. Et bien sûr sans téléphone portable ni FACEBOOK (mais comment faisaient-ils ?). L'acte qui suit a été découvert aux archives départementales des Yvelines.
Inventaire des meubles, habits, linges, hardes et des autres objets mobiliers trouvés après le décès de Marie Magdeleine DEMANTE dans sa maison et ses dépendances sises à Guernes, où elle est décédée le 20 août 1766.
Fait en présence d'André Desportes, second mari de la défunte, d'Eustache MAR et Marie Louise HEBERT, sa femme qu'il autorise à participer au présent acte, de George Nicolas HEBERT au nom et comme tuteur de Jean Nicolas DEMANTE, tous vignerons à Guernes, agissant au nom de Philippe Eustache HEBERT et de Marie Madeleine Agnès HEBERT, fils et fille mineurs de feu Eustache HEBERT, mari en première noce de la défunte, âgés respectivement d'environ vingt-quatre1 et quinze ans.
Aux fins que Marie Louise HEBERT, épouse MAR, Philippe Eustache et Marie Madeleine Agnès HEBERT, tous trois enfants et héritiers de feue Marie Magdeleine DEMANTE, acceptent ou renoncent à la succession de leur défunte mère et belle-mère.
Inventaire
Sauf erreur de calcul ou omission, le prix total des biens mobiliers de la communauté s'élève à 260 livres et 10 sols.
Les dettes de la communauté
Il est dû :
Les dettes de la communauté s'élèvent à la somme de 458 livres et 12 sols, sauf erreur de calcul ou omission, ou autres dettes dont nous n'avons pas connaissance. Et nous avons signé, ce dix huit septembre mil sept cent soixante six, sauf André DESPORTES qui a déclaré ne pouvoir écrire ni signer à cause du tremblement de sa main droite et qui apposé sa marque ordinaire22 : Georges Nicolas HEBERT, Eustache MAR, André DESPORTES et Jean Nicolas DEMANTE
Nous sommes en présence de paysans pauvres fortement endettés (deux fois la valeur de leurs biens !) qui n'arrivent pas à faire face à leurs dettes : cinq ans après son achat, la vache n'est pas payée, ni le cheval. De même pour tous les artisans auxquels le couple a dû faire appel faute de savoir ou de pouvoir faire autrement : maçon, charron, cordonnier, maréchal-ferrant, couturière, tisserand... Ils se déclarent vignerons et le sont effectivement puisqu'on trouve à l'inventaire des hottes à vin et des tonneaux, mais le cheval, la charrue, la herse, de grandes quantité de céréales (seigle et orge) et de fourrage, montrent que, comme la plupart des Guernois de l'époque, ils sont aussi laboureurs. Les nombreux outils à main comme les pics, les houes, l'enclume à faux, la pelle, les rouets à filer, les grandes quantité de céréales et de légumineuses, la vache et le « tas de fumier dans la cour » indiquent également qu'ils devaient essayer de vivre en semi-autarcie.
A l'inventaire, très peu de meubles : deux coffres en bois, une huche et un lit dans la pièce principale et une table, quatre chaises et un lit dans une autre pièce (les communs ou l'écurie). Beaucoup de linge de maison et de vêtements, surtout de femme, pour tous les jours mais aussi pour les jours de fête. Un peu de literie pour le lit clos. Les indispensables ustensiles de la vie quotidienne : pour faire le feu dans la cheminée, pour cuisiner, filer la laine (mais aucune mention de moutons), travailler la terre (mais une charrue et une herse dont ils ne possèdent que la moitié de la valeur), entretenir les outils.
Aucun objet précieux, aucune aisance, que des objets utilitaires, hormis douze cuillères en étain prisées à part, peut-être le seul luxe de la famille. Pas d'armoires, de buffets, de fauteuils, de bougeoirs, de lampes, de miroirs, d'objets en verre, de livres... La hiérarchie de la valeur des éléments constitutifs du patrimoine en est l'illustration :
En définitive, la vie difficile du monde paysan où l'autonomie complète n'est pas possible car un jour ou l'autre, il faut faire appel aux artisans du village pour renouveler le cheptel, faire tisser et coudre, entretenir la maison, les outils et le harnachement du cheval. Sans oublier les frais liés au trépas de la défunte (8 livres pour monsieur le Curé et 7 livres pour le cercueil), ni les impôts : 11 livres.
Cet inventaire après décès est certainement représentatif de la vie de nombreuses familles de Guernes sous l'Ancien Régime mais il ne faut pas généraliser à tout le village. Et faute d'autres actes connus (une historienne locale a pu travailler sur 78 actes pour Genainville !), on ne voudra bien voir dans cet article qu'un aimable divertissement.
Marc Belin
1 sous l'Ancien Régime, la minorité prenait fin à 25 ans 2 la livre valait environ 20 € et un sol, 1 € 3 « hérin » pour airain, alliage de cuivre 4 pièces de tissu pouvant entourer le lit du sol au plafond, l'isolant ainsi de la pièce des vues et du froid 5 le lit lui-même 6 corset extérieur lacé par devant ou derrière 7 justaucorps ou casaquin 8 pièce de vêtement qui recouvrait la jupe (sans la bavette de poitrine) 9 ample tablier de toile que mettaient les femmes du peuple pour protéger leurs habits 10 la culotte à la française s'arrêtait au genou 11 probablement un tournebroche 12 plaque de métal avec une poignée, destinée à fermer le four à pain 13 probablement une « foufière » ou « fourfière », fourche ferrée à deux ou trois dents pour remuer le fumier 14 pièce de rouet, manivelle ou dévidoir 15 un muid valait environ 300 litres de liquide 16 petite cuve plus étroite par en bas qu'en haut 17 un setier valait environ 150 litres de grains 18 probablement un minot, soit environ quarante litres 19 environ 3 litres 20 un boisseau valait environ 12 litres de grains 21 grise et blanche 22 une croix avec la mention de son nom À |

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